J'ai reteni de ma lecture des livres de Robert Badinter (
L'exécution, puis
L'abolition) que tout un chacun a droit à une défense, même le pire criminel. Alors je veux me faire ici l'avocat de Kouchner. La comparaison avec Badinter s'arrête là, je n'ai pas son talent oratoire, et je n'aurais certainement pas sa force de conviction.
Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes dans un gouvernement de droite? Pourquoi pas?
Kouchner a toujours été une sorte d'OVNI à gauche. Entré en politique à l'occasion des événements divers qui ont précédé Mai 68, entre autre la guerre d'Algérie. Ironie goûteuse, d'ailleurs, de voir Sarko appeler un soixantehuitard patenté comme Kouchner dans son gouvernement après avoir appelé à liquider 68, mais passons. Cofondateur en 71 de Médecins sans Frontières, Bernard Kouchner connaît le bruit des balles pour avoir opéré sur le front et inventé la médecine et l'ingérence humanitaire au Biafra. On peut lui reprocher un côté "show" (un tiers-mondiste, deux tiers mondain disent ses détracteurs), le coup du sac de riz en Somalie etc. N'empêche qui lui était sur le terrain quand d'autres se contentaient de gloser dans les salons parisiens. L'apport de Kouchner à la société dans laquelle nous vivons est indéniable. Sans lui et quelques uns comme lui, le monde ne serait pas tout à fait le même et la notion d'engagement ne couvrirait pas les mêmes idées.
On le dit sioniste. Est-ce mal? Non. Bernard Kouchner reconnaît à l'état d'Israel le droit d'exister (moi aussi), je ne vois pas le problème, d'autant qu'il ne s'est jamais caché quant à son soutien à l'existence d'un état palestinien (moi non plus). Mais l'anti-sionisme en tant que cache-sexe de l'antisémitisme reste bien vu dans certains cercles de ce côté-ci de l'échiquier politique. Hélas, mais bon. Passons.
On lui reproche d'avoir soutenu l'idée d'une intervention en Irak. Je veux voir ici aussi le point de vue de l'humanitaire, qui peut légitimement avoir espéré y voir une solution aux souffrances du peuple irakien. Son idée était
Ni la guerre, ni Saddam, et c'est bien là la marque de l'humanitaire qui souhaitait pouvoir soulager le peuple irakien. Il s'est trompé? Peut-être... A ce sujet, je me garderais bien de lui jeter la pierre. L'irak est un tel bourbier que je me demande encore comment les beaux penseurs peuvent encore porter des jugements tranchés sur la question. Tout au plus peut-on considérer que l'opération US n'est pas un succès, et peut-on déplorer l'exécution sommaire de Saddam. Kouchner n'a pas tari de reproches à l'égard de l'administration US à propos de la façont dont l'intervention a été menée. Il était pour une intervention, mais pas comme çà. Qui oserait le lui reprocher? On préfère peut-être laisser Saddam en place? Au nom de l'anti-américanisme, que de conneries monumentales n'a-t-on pas racontées à gauche...
Alors, aller au gouvernement ou pas?
La réponse lui appartient, évidemment. on peut le déplorer en disant qu'un homme de gauche n'a rien à faire dans un gouvernement de droite. Je ne peux m'empêcher au passage de penser à ce qu'ont dit les mecs de droite lorsque Mitterand et Rocard ont débauché des centristes en 1988. Durafour, Stoléru, Durieux et Dorlhac ont-ils eu à subir un tel déchaînement ? Passons, la situation actuelle a plutôt à voir avec les rapports qu'entretient la gauche avec Bernard Kouchner. Il y a quelque chose qu'on ne lui pardonne pas, qu'on ne lui a jamais pardonné. Son côté donneur de leçons peut-être? A mon avis il faut chercher ailleurs. Je tendrais à penser que Kouchner renvoit à la gauche l'image de sa culpabilité à se compromettre dans l'action. 0 gauche, on aime bienf aire des discours, mais se confronter à la réalité est plus douloureux. Kouchner s'est régulièrement confronté à la réalité et a su en enrichir son discours. C'est probablement ça qu'on ne lui pardonne pas, de ne pas rester pur idéologiquement. C'est une idée qui m'est venue en relisant ce texte, elle demande à être creusée.
Je vois dans la participation plutôt une volonté de
faire de la part de Kouchner. Je pense ainsi au Darfour, par exemple, mais les conflits ne manquent pas sur la planète où il pourra faire entendre sa voix. Peut-être se trompe-t-il, on verra s'il peut
faire ou pas dans le gouvenement Fillon. Et je suis à peu près sûr qu'il claquera la porte si on lui met des bâtons dans les roues. Mais je demande qu'on le juge sur pièces avant de l'accabler.
Enfin, je ne peux m'empêcher de penser que la sur-réaction des socialistes en général et de Hollande en particulier n'est qu'un rideau de fumée bien utile pour masquer les problèmes internes. Il vaut mieux hurler sur Kouchner, comme ça les gens ne regardent pas ce qui se passe au PS.
Enfin, à l'inverse de mon ami
Marc qui met tout e monde dans le même paquet, je fais une différence fondamentale entre Kouchner et Besson. Besson est un traître, la cause est entendue. Je tiens à son sujet des propos que je ne souhaite pas mettre par écrit, mais je n'ai que du mépris pour le personnage.
Kouchner, en revanche, n'a pas trahi Royal pendant la campagne, et il l'a soutenue jusqu'au bout. Son appel à la discussion avec Bayrou joue, à mes yeux, en sa faveur. Tout au plus a-t-il eu raison trop tôt. Mais il n'a pas trahi, contrairement à Besson. Kouchner n'est pas un traître. Il exprimera, j'espère, les raisons qui l'ont poussées à accepter ce poste de ministre de Fillon.
Enfin, peut-être la gauche devrait-elle s'interroger sur la façon dont elle traite les siens, particulièrement ceux qui ne rentrent pas parfaitement dans le moule. Kouchner a toujours eu des relations difficiles avec le PS, mais le PS a toujours eu des relations difficiles avec Kouchner.
Qu'il soit bien clair que je ne souhaite pas apporter un soutien sans faille à Bernard Kouchner, mais je demande à ce qu'il soit jugé sur ses actions en tant que ministre des affaires étrangères. Si grâce à lui, nous revenons dans une dynamique européenne, s'il parvient à faire avancer les choses au Darfour, il aura eu raison.
A lire :
Génération, d'Hervé Hamon et Patrick Rotman.
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